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MADELEINE HERMET 1886 – 1987 par sa fille M.A. Rouilly-Le Chevallier
Madeleine Hermet naquit en 1886 à Paris, impasse Dauphine. Elle était la dernière enfant d'une famille nombreuse : sur neuf enfants, cinq ont vécu. C'était une famille d'imprimeurs. Félix Goyer son grand père, avait une imprimerie située primitivement impasse Dauphine (je possède l'acte de serment délivré à mon arrière grand père le 20 janvier 1847 au Palais de Justice de Paris). L'usine fut transférée à Orléans puis ensuite à Paris, rue du Moulin Vert et fut reprise par Félix Hermet gendre de Félix Goyer. Ma mère avait gardé un souvenir vivace de cette imprimerie : joyeuses gambades dans les ateliers où d'immenses pierres lithographiques étaient jalousement gardées par un ouvrier… Beaucoup d'artistes venaient travailler et dessiner sur les pierres. L'atmosphère de la famille était très gaie et l'enfance de ma mère fut une enfance dorée. Les filles fréquentaient le Cours Moreau et ma mère plaisantait à la fin de sa vie en disant qu'elle devait être une des rares parisiennes à avoir conduit un omnibus à chevaux. En effet le conducteur complaisant confiait parfois aux petites filles les rênes des chevaux ! La mort prématurée du père plongea la famille dans l'affliction et le désarroi. Ma mère avait alors sept ans. Célestine Hermet, veuve de Félix, reprit la direction de l'imprimerie mais fut obligée de s'en séparer quelques années plus tard. La famille occupa alors un pavillon de l'exposition de 1900 qui avait été transporté sur l'île du Pont à Neuilly. C'était encore un lieu campagnard et de nombreux animaux égayaient la famille : chiens, chats et … chèvres. Je ne crois pas que ma mère ait suivi des cours de dessin ; elle dessinait spontanément ainsi que son frère Edmond (Harry Eliott). Ils créèrent tous deux un atelier de frises (pour enfants particulièrement) qui fonctionna pendant un certain temps. Je possède une frise de M. Hermet, très bien conservée, pour chambre d'enfants. Puis Madeleine commença une carrière d'illustratrice de livres d'enfants. Elle dessina dans divers magazines : Mon Journal, Les Veillées des Chaumières et surtout la Semaine de Suzette. Elle fit plusieurs Alphabets pour petits, et illustra plusieurs livres pour la Maison Hachette ainsi que pour la Maison Gautier-Languereau et Albin Michel. J'accompagnais, dans mon enfance, ma mère chez ses éditeurs. Je garde le souvenir de la vitrine de Gautier-languereau où se pavanaient les « Bleuette »… Madame Giraud, la rédactrice de la Semaine de Suzette (une dame blonde me semble t'il) s'amusait à me fourrer dans sa corbeille à papier ; je devais être fort petite… Je trouvais cette personne très gentille ! Un souvenir « flash » : dans les couloirs de la Maison Gautier-Languereau, nous avions croisé un monsieur que ma mère m'avait dit être le « papa » de Bécassine ! Ce qui m'avait plongée dans une grande perplexité… En général, un petit « bleu » arrivait par la poste : un texte était envoyé à ma mère avec des directives. Nous allions acheter dans une grande librairie de l'avenue Trudaine des feuilles de bristol amoureusement choisies ainsi que les crayons. Puis ma mère se mettait au travail. L'éditeur était toujours pressé ! Sur la table à dessin s'alignait une panoplie de bouteilles d'encre de chine et de crayons soigneusement taillés ; et de plumes que j'ai toujours conservées… J'ai passé mon enfance à dessiner auprès de ma mère sur une petite table d'enfant. Les crayons ne devaient jamais tomber afin de ne pas casser les mines… Je n'ai jamais entendu ma mère se plaindre de ses émoluments. Les relations avec les éditeurs étaient très agréables. Un seul incident assez amusant et typique de l'époque : une lectrice avait écrit à la rédaction pour se plaindre des robes trop courtes des petites filles dessinées par M. Hermet… J'étais d'ailleurs son modèle « privilégié » et peu patient. Il n'y avait pas de contacts entre les illustrateurs : peut-être n'étaient-ils pas favorisés par les éditeurs ? Dans sa jeunesse ma mère avait exposé au Salon des Humoristes. Elle exécuta plusieurs bustes et médaillons en terre glaise ; très douée dans ce domaine, elle regrettait de ne pas s'être consacrée à la sculpture. Elle s'adonna aussi à l'aquarelle ; je possède une aquarelle représentant le Pavillon de l'Ile de Neuilly. La carrière de ma mère fut longue et bien remplie. Ma mère avait un caractère doux et affectueux ; elle était une maîtresse de maison accomplie. Elle finit paisiblement ses jours chez moi à la Celle St Cloud dans sa cent et unième année. ©M.A. Rouilly-Le Chevallier , Septembre 2007
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